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Un Eurométropolitan E-Campus en Wallonie picarde

Entretien avec Rudy Demotte, Ministre-Président wallon et Président de l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai.

Ce 25 mars, Rudy Demotte a succédé à Martine Aubry à la présidence de l’Eurométropole. A cette occasion, il a présenté le programme de la présidence wallonne qui s’étendra sur une année, faisant suite aux présidences française et flamande. Parmi les actions mises en avant dans ce cadre, se trouve la création d’un Eurometropolitan e-Campus. Explications avec le président de l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai.

S.E. – Rudy Demotte, la Wallonie, et particulièrement la Wallonie picarde, vient d’accéder à la présidence tournante de l’Eurométropole, c’est un événement important ?

R.D. – Oui clairement et c’est la première fois que la Wallonie picarde accède à sa Présidence. L’Eurométropole, en tant que projet de développement transfrontalier d’une zone de plus de deux millions de personnes, est importante. Il s’agit d’une initiative pionnière en Europe qui vise à rendre à la fois utile et plus concret le projet européen pour les citoyens. Les priorités que nous mettons en œuvre sont claires à cet égard. Il s’agit de viser clairement le développement économique, l’innovation et l’emploi, sans omettre, bien sûr, la dimension culturelle qui est désormais indissociable de ces éléments. Aux côtés de la stratégie du "Plan Marshall" qui impulse le redéploiement de la Wallonie, ce projet d’Eurométropole contribue, lui aussi, au développement durable de la Wallonie picarde, en valorisant l’atout que constitue sa position frontalière. La présidence wallonne de cet outil est une occasion de renforcer ce mouvement, tout en mettant l’accent sur nos priorités.

S.E. – Parmi celles-ci, se trouve la volonté de créer un Eurometropolitan e-Campus. Là aussi, c’est un nouveau concept …

R.D. – C’est un projet novateur à bien des égards. D’abord par son objet : internet et ses métiers. Ensuite par le concept même du Campus qui sera conçu comme une école ouverte : sur les différents territoires, sur les types divers d’enseignement, aux différents réseaux et sur le monde de la recherche et de l’entreprise. Dans la forme comme dans l’objet, oui, la Wallonie picarde va encore innover.

S.E. – Que pourra-t-on apprendre dans cet "e-campus"?

R.D. ‑ L’objectif est de se centrer sur un thème précis, justement pour couvrir la palette la plus large possible des métiers de l’internet ou liés aux avancées technologiques que connaissent tous les métiers. L’internet est un univers assez neuf mais, surtout, en constante évolution, qui touche un spectre extrêmement large de métiers : métiers du WEB, E-Architecture, E-Design, E-Business, E‑Health, E-Marketing, E-Commerce, E-Pédagogie, E‑Languages, E-Communication, j’en passe. Certains de ces termes-mêmes ne disent pas grand-chose à beaucoup d’entre nous. Pourtant, cet environnement est et sera toujours plus notre univers et celui de nos enfants. Nous devons le comprendre, nous familiariser avec lui, pour faciliter nos vies mais, aussi, pour exploiter ses immenses possibilités en termes d’emploi. Ce défi vaut largement un campus … et nous souhaitons l’établir en Wallonie, parce que notre Région regarde vers l’avenir. Ce n’est pas anodin, d’ailleurs, si des sociétés comme Google ou Microsoft, dont la réflexion se positionne à l’échelle planétaire, ont choisi de s’implanter, aussi, chez nous.

S.E. – Concrètement, comme se construira ce campus ?

R.D. – En répondant à son objet ! Il sera conçu comme une plate-forme d’enseignement. Aujourd’hui, on ne va plus créer de nouvelles universités comme on l’entend généralement. Ceci dit, le contexte actuel, misant sur le décloisonnement et beaucoup plus ouvert aux échanges et à la mobilité, est une véritable opportunité pour la Wallonie picarde. Nous avons invité à prendre part au projet les hautes écoles du territoire et plusieurs de nos universités ainsi que le FOREM. Idéalement, cela devrait aboutir au transfert d’un département, d’un service ou d’un module de formation d’une école partenaire vers l’Ee-C. Sur cette base, nous pourrons ainsi créer de véritables filières de formation. C’est donc bien une logique de mise en commun et de coordination de moyens qui est à la base de l’initiative. L’originalité de la démarche réside aussi dans l’autonomie que conservera chaque établissement partenaire du projet. Il gardera la maîtrise du module inséré dans l’offre de cours, tout en participant à un programme transversal cohérent. Répondant aussi parfaitement à la logique évolutive d’internet, nous veillerons à ce qu’à la formation initiale qui sera dispensée, s’ajoutent des formations continuées.

S.E. – Il s’agit d’un campus "eurométropolitain", qu’est-ce que cela signifie ?

R.D. – Cela signifie, bien sûr, qu’il se situera à l’articulation des territoires wallon, français et flamand et s’adressera à ces trois publics mais cela va évidemment bien au‑delà. Dans le principe, cela confirme notre objectif de décloisonnement en visant une structure internationale et biculturelle. Le caractère eurométropolitain d’une telle école répond parfaitement à l’essence d’internet qui, par définition, ignore les frontières et se développe, d’abord, sur un marché européen. Dans la pratique, cela signifie aussi que des collaborations avec Lille et Courtrai seront immédiatement sollicitées pour donner forme à ce projet. J’ai déjà pris des contacts de haut niveau avec les autorités françaises, notamment avec la Région du Nord-Pas‑de‑Calais. Ces autorités ont exprimé le souhait d’être associées au projet dès le départ. Il en va de même pour la Flandre qui a répondu présent lors des premières étapes.

S.E. – Justement, quel est l’accueil des partenaires ?

R.D. – Très encourageant. Les premières réponses en témoignent et plusieurs établissements se sont déclarés très intéressés. C’est essentiel, d’ailleurs, car ce projet s’appuie sur la volonté et l’enthousiasme des partenaires. La réponse des hautes écoles et des universités nous sont parvenues. Très prochainement, sur base des offres de formation fournies, des groupes de travail seront constitués pour affiner l’élaboration du projet. Concernant les administrations, le FOREM a déjà été contacté mais d’autres organismes comme l’Agence wallonne des Télécommunications ou l’Agence de Stimulation technologique peuvent aussi jouer un rôle important. Les ressources sont vraiment nombreuses. Ceci étant, nous sommes conscients de l’exigence du projet. Il s’agira, d’abord, d’élaborer, ensemble, une offre de formation cohérente et attractive tant pour les futurs employeurs, les travailleurs, les demandeurs d’emplois que pour les étudiants. L’Ee-C est, par ailleurs, une structure complète qui nécessitera un travail intense, une analyse fine de ce que permet la législation et une approche rigoureuse pour déterminer les financements et résoudre des questions comme celles de la mobilité ou de la vie estudiantine. Je l’ai dit, c’est à la fois un splendide projet et un vrai défi.

S.E. – Et où sera implantée cette école ?

R.D. – Ici, en Wallonie picarde et au cœur de l’Eurométropole. La Wallonie picarde dispose de 55 hectares de terre industrielle sur le site de Camphin-Lamain, non loin du parc scientifique de la Haute Borne. Nous avons pour ce site frontalier une double ambition : y créer un parc scientifique accueillant des spins off et d’autres entreprises scientifiques et accueillir l’Eurometropolitan e-Campus. C’est une localisation idéale pour un tel campus, dans un parc technologique en devenir, facilitant les relations directes avec les entreprises présentes sur le site et aux alentours. Notre volonté est d’ailleurs d’associer, dès le départ, à la gouvernance du campus les entreprises qui en seront un des maillons essentiels. Que ce soit pour la définition des filières de formation, les stages en entreprise mais également l’embauche dans les sociétés de pointe qui verront le jour aux abords, ce projet n’aura de sens que s’il reste en lien avec le monde socio‑économique et particulièrement avec les entreprises innovantes du territoire. On en revient donc, toujours, à notre objectif premier de création d’activités durables et d’emplois de qualité, accessibles à tous. La formation se trouve donc, là encore, au cœur de notre projet.

S.E. – Pour conclure, quelles sont les prochaines étapes ?

R.D. – Des éléments restent à préciser dans les mois à venir mais, dès la prochaine rentrée académique, deux hautes écoles devraient détacher plusieurs sections "web" (WEB design, arts numériques et e-business) au Centre d’Innovation Negundo, à Orcq. Une implantation transitoire est nécessaire car le site de Camphin-Lamain doit encore être aménagé. Le campus sera donc, d’abord, installé au Centre Negundo, où des formations ciblées pourront être dispensées. La montée en puissance se fera, ensuite, d’année académique en année académique. Parallèlement, plusieurs groupes de travail seront constitués, pour assurer la mise en œuvre juridique, technique et financière du projet.

S.E. – Confiance, alors !

R.D. Confiance et, surtout, volonté ! La mise en œuvre est loin d’être toute tracée. Nous avons décelé un certain nombre d’obstacles, en toute lucidité. Reste maintenant à nous donner les moyens de les franchir pour offrir à nos concitoyens ce nouvel outil de formation qui sera, aussi, pour la Wallonie, une formidable vitrine, idéalement située à l’une de ses entrées et résolument tournée vers l’avenir.