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L’agriculture en Europe et en Wallonie picarde (Christian Ducattillon, militant)

La crise

A la fin de l’été, les médias s’épanchaient sur la crise agricole qui sévit chez nous. Elle n’est pas nouvelle cette crise. Depuis trente ans, le nombre de fermes en activité n’a cessé de s’amenuiser. Là où nous pouvions compter 25 fermes, il en reste 4 ou 5. Toutes les activités en amont et en aval ont suivi. Que de laiteries de cantons ou de commerces de grains ou de fourrages ont disparus !
Et maintenant, les dernières fermes en place éprouvent de telles difficultés que beaucoup d’entre elles vont devoir cesser leurs activités faute de moyens.Il ne s’agit pas que du lait. La viande est à vil prix, les céréales s’achètent pour moins qu’une croûte de pain, il ne faut plus produire de betterave sucrière. Les agriculteurs se reportent sur la production de légumes ou de pommes de terre et les cours de ces produits s’effondrent. Et il n’y a pas que les agriculteurs à en souffir, les autres maillons de la filière également.

Mais d’où cela vient-il ? « Il faut savoir ce que l’on aime » disait Jean Ferrat. Quand un citoyen n’achète plus son pain à la boulangerie du quartier mais va dans une grande surface, il doit bien savoir que le boulanger n’en retire plus son petit bénéfice. Il doit bien savoir que si ses voisins font de même, le boulanger cessera ses activités. Le même citoyen doit savoir que lorsqu’il achète dans une grande surface plutôt que dans une autre, cela aura des conséquences pour cette dernière et ses travailleurs. De même, en choisissant du lait produit à 2500 km de chez nous, il faut savoir que le lait produit chez nous ne s’est pas vendu.

Dans une filière, chaque maillon a son utilité. A quoi sert un rayon pain s’il est vide ? Mais également, à quoi sert un champ de blé si le grain n’est pas stocké puis transporté vers la meunerie, si la farine n’est pas tamisée pour être envoyée chez le boulanger pour la pétrir et façonner un pain, si ce pain n’est pas présenté et mis à la disposition des consommateurs ?

Ce n’est pas nouveau. Les plus grands spécialistes du monde entier savent que l’intérêt des paysans et celui des travailleurs sont convergents. Qu’ils soient travailleurs du fer, du bois ou de la terre, qu’ils utilisent des outils simples ou compliqués, leurs besoins convergents. L’agriculture est une activité primordiale et n’est pas isolée.

L’agriculture mondiale

Au niveau mondial, n’oublions pas l’essentiel : subvenir aux besoins alimentaires des 9,3 milliards attendus sur terre en 2050. Et ce n’est pas si simple. Alors que les prix des céréales et du lait s’élevaient quelque peu en 2007-2008, au soulagement des paysans de chez nous, nous assistons aux « émeutes de la faim » dans les pays les plus pauvres à cause de la flambée des prix. Cette flambée des cours agricoles a fait ressortir leur forte volatilité et mis à mal le dogme de l’autorégulation des marchés.

Sur six milliards d’hommes, il y a trois milliards de paysans. Lorsque la politique des marchés mondiaux vise l’augmentation de la production et la baisse des prix internationaux, les paysans des pays riches n’en sortent plus, les paysans des pays pauvres non plus. La libéralisation du secteur agricole et le libre-échange orientent les cours en des prix internationaux : le prix des excédents vendables par les pays qui ont la meilleure productivité, soit les plus bas salaires, soit les plus fortes subventions. Il faut que la politique européenne puisse garder les moyens d’un contre-pouvoir. Le problème laitier mis en exergue ces dernières semaines illustre la question des accords interprofessionnels et des filières. Il montre bien également l’évolution des prix.

L’Europe et l’agriculture

La politique agricole commune (PAC) est un des axes principaux de l’UE, depuis sa création. Après avoir réglé l’importante question de l’autosuffisance alimentaire, elle s’ingénie à agir sur les échanges commerciaux et les équilibres qui jouent au niveau mondial. Il n’y a pas que les questions économiques, il est un élément important : les contacts et les relations nouées indiquent l’importance de l’humain.

Les propositions retenues par le seul eurodéputé belge de la Commission agriculture du Parlement européen, Marc Tarabella, soutient le renforcement du pouvoir du Parlement européen. C’est essentiel que la PAC évolue avec les besoins sociétaux.

La PAC intègre également les considérations liées à la biodiversité, la protection de l’eau et des sols, l’atténuation des changements climatiques, y compris la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la réduction des émissions d’ammoniac et l’utilisation durable des pesticides. Comme les autres Etats membres de l’UE, la Belgique a pris des mesures visant à encourager la protection et valoriser les paysages et la biodiversité. L’agriculture biologique répond à une demande de la population et elle a sa place.
Créée en 1962, la politique agricole commune (PAC) a atteint son objectif d’autosuffisance alimentaire. Elle a évolué et devra encore évoluer.

Le climat et l’agriculture

Le changement climatique est reconnu, avec une hausse sensible de la température moyenne. Les températures minimum et maximum basculent vers des extrêmes. Les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles ont augmenté ces dernières années. Comme les autres secteurs, l’agriculture est à la fois affectée par le réchauffement tout en y participant. Elle doit répondre à la double contrainte de réduire les émissions de gaz responsables du réchauffement tout en s’adaptant aux impacts attendus du changement climatique. Les émissions issues de l’agriculture européenne diminuent sensiblement, baissant de 20% entre 1990 et 2005 grâce au développement de nouvelles techniques et à la réduction des cheptels (CH4, N2O).

L’impact du changement climatique sur l’agriculture est attendu sur la pénurie d’eau, une probabilité accrue des inondations et sécheresses (calamités agricoles), une virulence accrue de maladies et ravageurs, une irrégularité des récoltes. Pour la Wallonie picarde, ce sera peut-être aussi la nécessité de s’adapter à d’autres types ou d’autres modes de cultures.

La Wallonie picarde et l’agriculture


Le statut d’indépendant est le plus fréquent avec ses faiblesses quant à la protection sociale. Pourtant, le métier est dangereux : les engins, les animaux, les produits phytosanitaires apportent leur danger spécifique.

Le statut d’aidant, même s’il a légèrement progressé, reste réellement en retrait. La protection sociale retient toute notre attention. Bien que le métier s’exerce dans un environnement naturel, les dangers du métier sont bien réels (statistiques), tant avec l’emploi de produits et machines dangereux qu’avec les animaux de grande taille. Les femmes ont un travail pénible peu reconnu. Pas de chômage ni de congés payés. La sécurité de l’emploi diminue. Au point de vue économique, la dépendance commerciale est importante avec l’amont et l’aval et la dépendance des groupes industriels et financiers.

L’agriculture est très importante pour toutes nos communes rurales. Les agriculteurs produisent des denrées alimentaires, c’est leur activité première. De type familial, la plupart des exploitations sont de petite taille. Elles jouent un rôle important dans le monde rural. Leur activité n’est pas isolée, elle est le premier ou un des premiers maillons de la chaîne alimentaire.

La Wallonie picarde est une des sous-régions belges où l’agriculture occupe une grande surface par rapport à la superficie totale. La culture y a plus d’importance que les herbages. Ses 80.000 ha sont classés en zone limoneuse (3/4) et sablo-limoneuse (1/4) et représentent plus du tiers des terres agricoles du Hainaut. Depuis 1950, le nombre d’exploitations diminue pour passer de 13.000 en 1950 à 3.700 en 1990 et moins de 2000 actuellement. En parallèle, sur la même période, 9 emplois agricoles sur 10 furent perdus en 60 ans.

La dégradation du revenu à l’hectare ne cesse de diminuer. En cause, les coûts de production augmentent alors que les prix de vente stagnent ou diminuent.
Pour tenter de sauvegarder sa rentabilité, des agriculteurs ne trouvent souvent de solutions que dans des investissements considérables en bâtiments et matériels avec le recours à l’emprunt. Aujourd’hui, la situation de nombreux agriculteurs est dramatique. Ils sont loin d’être responsables mais sont les victimes de l’évolution défavorable des conditions économiques. La situation de la Wallonie picarde a la particularité de disposer d’importantes industries agro-alimentaires qui drainent une partie de la production agricole (pommes de terre, chicorées,…).

L’ouverture des marchés semble inéluctable, avec en parallèle la mondialisation des échanges. Les faits apportent leur lot d’avantages et opportunités comme d’inconvénients et de faiblesses. Le savoir-faire des agriculteurs, la qualité de l’enseignement agricole et agronomique sont des atouts pour appréhender l’avenir.

Les techniques s’améliorent de manière continue. La recherche privée et la présence du CARAH sont importantes pour l’agriculteur de Wallonie picarde.

La diversification est souvent avancée comme une solution. Elle l’est, mais pour des cas particuliers seulement, pas en généralités. De plus, diversifier ne doit pas être source d’éparpillement. Nous devons également tenir compte des disponibilités en main-d’œuvre familiale ou des possibilités de rémunération de personnel.
Se former et s’informer permet d’être plus fort pour affronter les évolutions du monde qui nous entoure. L’avenir des agriculteurs de Wallonie picarde passe par le renforcement de ces atouts afin de s’adapter aux évolutions de demain.

Bibliographie

Collectif.     La Convention sur la diversité biologique. Mise en œuvre dans l’Union européenne.
OPOCE. Luxembourg. 2008.
Collectif.    Changement climatique : Les défis pour l’agriculture. CFADR. Bruxelles. 2008.
Collectif.    Direction générale Statistique et Information économique du SPF Economie.
JL.DUVAL.     Fin des paysans, faim du monde. Cherche-Midi. 2002.
M.MAZOYER, L.ROUDART. Histoire des agricultures du monde. Du néolithique à la crise contemporaine. Seuil. 2002.

Lire le Sources d'égalité (Octobre - Novembre - Décembre 2009)