Les déclarations de politiques régionale et communautaire sont adoptées … Demandez le programme !
SE. - Rudy Demotte, les gouvernements wallon et communautaire sont constitués depuis la mijuillet, votre première impression ?
RD - Avant tout, la satisfaction d’avoir vu se conclure rapidement de bons accords wallon, bruxellois et francophone. Nous avons pris le temps de la négociation sur les idées et les programmes mais en tenant le meilleur délai. Nos Régions n’ont pas une minute à perdre, face à la crise et pour accompagner la relance qui s’annonce. L’impossibilité de constituer un Gouvernement fédéral en 2007, sous l’orange bleue, avait provoqué un traumatisme, je suis heureux de voir que les Régions et les Communautés confirment leur position de pôles de stabilité dans le pays. C’est essentiel pour nos concitoyens.
SE - Vous assumez à nouveau une double présidence, à la Région wallonne et à la Communauté française
RD - Il s’agit plutôt d’une présidence unique et je me réjouis qu’on ait confirmé ce choix. Bien au-delà de la question de personne, cela traduit une volonté forte de rationaliser nos institutions et de maximiser les synergies entre compétences. Désormais, la majorité des ministres communautaires sont issus des gouvernements régionaux, wallon ou bruxellois. C’est ce pourquoi je me suis battu, car il est impossible de développer durablement nos Régions en continuant à segmenter artificiellement les matières. On ne peut pas dynamiser une économie moderne sans l’articuler avec la recherche à tous les niveaux. On ne peut pas s’attaquer de manière décisive au chômage sans commencer par mobiliser l’enseignement. On ne peut pas promouvoir ses exportations ou attirer des investissements créateurs d’emploi sans valoriser la dimension culturelle. C’est encore plus vrai pour soutenir l’innovation qui est la clef de l’avenir pour nos entreprises. Autrefois, le cloisonnement entre la Région et la Communauté rendait difficile une telle approche globale, c’est cela que nous avons voulu dépasser, dans les structures et dans les accords de gouvernement qui ont désormais un socle commun et multiplient les synergies.
SE - Justement, à propos des programmes, quels sont les éléments essentiels de la DPR et de la DPC, comme on les appelle ? [NDLR Déclaration de politique régionale et Déclaration de politique communautaire]
RD - Ce sont des documents de 150 et 200 pages qui doivent baliser le travail des gouvernements pour cinq ans, dans des compétences aussi importantes et aussi diverses que l’économie, l’emploi, l’enseignement, la formation, la recherche, les travaux publics, le logement, l’environnement, l’aménagement du territoire, l’aide à domicile, la culture, j’en passe. Les résumer est impossible et j’invite chacun à se reporter aux sites internet des gouvernements pour en trouver le détail. Globalement, je dirais qu’il s’agit d’un projet de centre-gauche, qui vise donc une croissance dynamique s’opérant durablement dans la cohésion sociale. J’ai évoqué dans l’édito le projet de l’Olivier, c’est véritablement un projet moderne et ambitieux pour la Wallonie, qui entend se construire sur base des acquis incontestables de la législature passée, en intégrant les défis et les opportunités qui se présentent à nous, par-delà une crise dont il faut tenir compte.
SE - La continuité, c’est le plan Marshall ?
RD – C’est un bel exemple. Dès les Fêtes de Wallonie 2008, j’ai plaidé pour qu’on jette les bases d’un plan Marshall 2.0 qui préserve les avancées engrangées, qui pérennise les mesures à l’efficacité avérée mais qui intègre les nouveaux besoins, les nouveaux enjeux. Je me réjouis que l’accord régional ait intégré cette logique, en traçant les axes d’un plan Marshall 2.vert. C’est aussi un signe de maturité de la Wallonie qui, depuis des années maintenant avec certes le PS pour jouer un rôle stabilisateur – garde le cap, par-delà les renouvellements électoraux.
SE - La nouveauté, c’est la marque verte ?
RD - La dimension "durable" était déjà présente transversalement dans le premier plan, par exemple à travers les pôles de compétitivité qui devaient intégrer cet aspect. Nous renforçons ces pôles qui sont une avancée majeure et nous en créons un sixième, spécifiquement dédicacé aux nouvelles technologies environnementales. C’est effectivement une des dimensions fortes du plan et de la DPR, qui se modélisera notamment à travers le concept innovant et progressiste de l’alliance emploi-environnement. Un concept dans lequel l’écologie sociale, chère au PS, se retrouve pleinement. Nous avons dit à maintes reprises notre opposition à une écologie qui aurait été l’apanage des nantis. Nous avons transposé cela dans les accords de l’Olivier, à travers des formules qui mettent les investissements écologiquement responsables et économiquement rentables à la portée de tous et font des technologies vertes une voie supplémentaire pour développer des entreprises d’avenir et créer des emplois de qualité. Voilà pourquoi cette dimension est revendiquée avec force par notre parti.
SE – Un autre aspect que vous voudriez mettre en exergue ?
RD – L’enseignement, bien sûr, et même l’éducation au sens large. C’est le cœur de l’action de la Communauté et c’est une dimension essentielle de la politique régionale, à travers la formation, notamment. Plus que jamais, ce sera la priorité des gouvernements car aucun projet ne se construit sans assurer, avant tout, l’excellence du capital humain. Cela commence dans l’enseignement obligatoire qui doit tirer chacun vers le haut, par la généralisation de la remédiation précoce ou l’instauration d’évaluations externes à la fin du fondamental et du secondaire. Un enseignement qui devra renforcer l’acquisition des savoirs de base et permettre un multilinguisme effectif, le tout en dépassant la logique des cloisonnements, source de doublons inutiles. La refondation de l’enseignement qualifiant constitue aussi une priorité qui doit refaire du technique et du professionnel une filière d’excellence, conduisant vers l’emploi de qualité. Ici, c’est notamment la généralisation des stages en entreprise et de la formation en alternance qui bénéficiera d’une attention particulière. Il faudrait également parler de l’enseignement supérieur qui doit être accessible à tous, tout en garantissant la meilleure offre de formation. Il y a vraiment beaucoup à dire mais nous aurons l’occasion de revenir concrètement sur ces différents aspects au fil de l’action que nous allons déployer dans les mois et les années à venir.
